2ème conférence de Carême organisée par l’ITA avec Mgr Didier NOBLOT, évêque du diocèse de Saint-Flour Thème de la conférence: « La Croix du Christ, du scandale à la foi »

À voir en replay :

Texte de la conférence :

Bonsoir à tous, je suis très touché de vous retrouver pour cette deuxième conférence de Carême proposée par les évêques d’Auvergne. Merci à l’Institut théologique d’Auvergne pour son accompagnement, merci aux collaborateurs de la Radio RCF, et un grand merci aux équipes communication de nos diocèses, ce soir un merci tout particulier à Marie-Sophie Guering qui se trouve derrière les écrans pour cette retransmission en direct.

La grâce du Carême ne se trouve-t-elle pas dans le renouvellement intérieur ? Un renouvellement qui ouvre à la foi toujours neuve. La route de Pâques s’est ouverte par la liturgie des Cendres, mais il faut la parcourir, c’est un chemin lumineux et terrible, un chemin de croix, un chemin de mort, un chemin de vie.

Au cœur de notre soirée, j’associe toutes celles et tous ceux qui en ce moment vivent une étape douloureuse de leur vie, ceux qui pleurent un proche récemment décédé, ceux qui sont marqués par la mort. A l’approche de la journée mémorielle du 8 mars, je n’oublie pas les personnes victimes de pédocriminalité.

En cinq chapitres ce soir, je voudrais humblement développer ce titre : La Croix du Christ, du scandale à la foi.

1 La croix : un signe chrétien et bien plus

Un grand nombre d’entre vous a déjà vu une croix, pour ma part j’aime en collectionner, certains en portent autour du cou, beaucoup ont déjà contemplé une représentation de la mort de Jésus en croix. Dans le répertoire des images chrétiennes, la représentation de Jésus sur la croix est devenue au fil des siècles l’un des signes distinctifs par excellence de la religion chrétienne.

Je dois ce premier paragraphe à ma lecture passionnée du livre d’art passionnant de François Boespflug, Crucifixion aux éditions Bayard

Aujourd’hui l’art sacré contemporain contribue à faire du crucifié le paradigme de l’être humain injustement maltraité, humilié et supplicié. La croix devient le symbole de la violence à la fois absurde, injuste et subie. Reprenant un modèle ancien pour penser la mort de Jésus par la figure des justes opprimés et injustement persécutés. Cf Ac 3, 14 Le signe de la croix appartient à plus large que les chrétiens confessant leur foi. Ainsi le sens de certaines représentations est loin du sens christique du sacrifice de soi consenti en toute connaissance de cause : « Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne. » dit Jésus dans l’Evangile. Jn 10, 18

En effet pour nombre de nos contemporains « porter sa croix » n’est pas toujours relié au sacrifice de Jésus de Nazareth. Cette locution verbale qui évoque la traversée des épreuves pénibles en les supportant par obligation est l’expression d’une difficulté passagère ou durable, plus ou moins dramatique. L’expression renvoie toujours à un moment douloureux, à passer, voire à une détresse constante.

  • Remarquons aussi que le XXème siècle voit apparaître des représentations nouvelles de la crucifixion de Jésus. Les Christs en croix sont des Christs vivants ! Ces représentations nouvelles sont de véritables messages de foi. Elles semblent vouloir témoigner du mystère pascal « crucifixion-résurrection ». Le Christ en croix se présente plus que jamais comme le symbole par excellence de la foi Chrétienne. Au pied de la croix, nous sommes invités à comprendre que mort et résurrection ne sont pas séparées, il s’agit de bien comprendre, selon l’expression du père François Varillon, que nous ressuscitons dans l’acte même par lequel nous mourrons.
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2 Le Chrétien est confronté au scandale de la croix

La semaine dernière avec l’excellente conférence de Carême de Mgr Beaumont, nous avons mieux compris comment entendre le mot Kérygme mais au-delà de l’explication du mot, comment recevoir l’annonce centrale du message chrétien « Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les hommes, mais pour ceux que Dieu appelle, il est sagesse de Dieu » cf 1 Co 1, 22 -25. Le Chrétien est confronté au scandale de la croix. « Frères, alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient juifs ou grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. » 1 Co 1, 22 -25

Dans ce passage magnifique de la Bible, saint Paul nous rappelle que le message chrétien est l’annonce de la personne et de l’œuvre du Christ, son centre est l’événement pascal : mort et vie.

Mais pour les premiers apôtres, la perspective de la mort est un scandale. Les récits de l’Evangile dans lesquels Jésus annonce sa mort sont marqués par l’incompréhension des disciples. Relisons le chapitre 16 de l’Evangile selon Saint Matthieu « À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mtt 16, 21-22. Le salut par la croix est folie. Dans l’Evangile selon Saint Jean nous lisons « Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ? (…) À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. » Jn 6, 60-66

Le caractère infamant du supplice sur la croix renforce le caractère absurde de la prédication chrétienne. Mais Paul déploie l’annonce kérygmatique de la foi chrétienne : « Le Christ crucifié est puissance et sagesse de Dieu. » selon l’expression paulinienne reprise par Paul de Surgy dans son commentaire pastoral. Il est puissance de Dieu par la force de salut de sa mort qui se prolongera dans la résurrection et l’envoi de l’Esprit-Saint. Là où un regard purement humain ne voit qu’un échec, la mort de Jésus est le lieu où agit la puissance de vie, la force du salut de Dieu.

Du point de vue des apparences, du scandale à l’échec, il n’y a qu’un pas. Le calvaire peut apparaître comme le plus grand échec. Mais la croix est le lieu par excellence où la faiblesse du Christ devient notre force, où sa condamnation devient notre rachat et où ses blessures deviennent notre guérison. Comme le dit saint Augustin : « La force du Christ nous a créés, sa faiblesse nous a recréés. Sa force a fait qu’existe ce qui n’existait pas, sa faiblesse a fait que ne périsse pas ce qui existait. » Ce paradoxe n’efface pas une question souvent posée.

3 La croix du Christ donne-t-elle sens à la souffrance ?

En soi, la souffrance n’a pas de sens. N’est-elle pas un non-sens ? Pour François Varillon, il est vain d’en chercher. Le problème du mal et de la souffrance n’a pas de solution. Ce qui définit un problème c’est qu’il y a une solution. Or la souffrance et le mal n’en ont pas. Dans nos vies, il y a beaucoup de sens ; l’amitié, l’art, le recherche… Mais il y aussi du non-sens, les cataclysmes naturels, l’accident de la route, le mort de Marie, 36 ans maman de trois enfants, cela n’a pas de sens. Qui va gagner ? Le sens ou le non-sens ? Si le non-sens l’emporte, c’est l’absurde et certains de nos contemporains l’acceptent, même si au fond d’eux-mêmes, il y a une révolte.

Alors étant donné que la souffrance existe, est-il possible à notre liberté de donner sens à ce qui n’en a pas en soi ? La contemplation dans la foi de la croix nous permet deux choses : premièrement, donner un surcroît de sens à ce qui en a déjà au plan humain : l’amour, l’amitié, la fraternité, la culture… Ce sens est la construction du Royaume de Dieu, pas déjà un royaume terrestre de bienveillance et de paix ce qui est déjà une grande œuvre, mais au-delà la construction jour après jour de notre vie éternelle. Deuxièmement, elle permet de donner du sens à ce qui n’en a pas. La foi nous dit que la souffrance n’est pas le signe de l’abandon de Dieu. Je connais comme vous la révolte de souffrants et de leur entourage, « mais que fait Dieu ? Pourquoi n’intervient-il pas ? Dieu nous abandonne-t-il ? Comment croire en son amour devant de tels drames ?» L’expérience du Christ n’évacue pas la question : « mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mais nous ne pouvons pas lire que les premières lignes du psaume, il faut aller jusqu’à entendre Jésus en croix dire « Père je remets mon âme entre tes mains. » Jésus souffre sur la croix tout ce qu’un humain est capable de souffrir. Le psaume 22 se termine dans un acte de confiance. Le Christ souffrant est enveloppé de l’amour de Dieu. Par expérience, nous savons que c’est déjà une grande consolation de sentir autour de soi de l’affection. Les acteurs des soins palliatifs savent que la relation est un élément fondamental de l’accompagnement. Même quand la tendresse est impuissante devant l’invasion de la maladie elle est essentielle. La souffrance de la croix a été le lot du Fils de Dieu. « S’il n’y avait pas de souffrance, nous dirions je crois à l’amour. » Parce qu’il y a de la souffrance nous disons dans la foi en contemplant la croix : « je crois en l’amour quand même ! »

La croix n’est pas le châtiment du péché. La souffrance nous arrache à nous-mêmes. Le Christ n’est pas mort d’une nécessité fatale, « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne. » dit Jésus Jn 10, 18

La croix de Jésus est la parole par laquelle Dieu a répondu au mal du monde. Parfois il nous semble que Dieu ne répond pas au mal, qu’il demeure silencieux. En réalité Dieu a parlé et sa réponse est la croix du Christ, une parole qui est amour, miséricorde et pardon. Un maitre spirituel aime dire : « Si tu veux connaître Dieu, regarde le crucifié. Tout autre image est une idole. » Y a-t-il un enthousiasme sincère qui n’ait été marqué par le signe et l’épreuve de la croix ? C’est peut-être le secret de l’enthousiasme chrétien. L’expérience de la croix rappelle à temps et à contre temps que le bonheur paradoxal de la foi chrétienne est un fruit de la contemplation de la croix, dit autrement une invitation à l’offrande, un appel à croire, et en pleine liberté, une invitation à faire de sa vie un don, à la suite du Christ mort pour nos péchés.

4 Mort pour nos péchés

Chaque fois que nous professons notre foi, dans le credo, nous proclamons « crucifié pour nous ». Jésus est mort pour nos péchés, formule qu’il nous faut mieux comprendre car elle donne parfois lieu à des incompréhensions et des malentendus. Reçue du Nouveau Testament, nous devons faire l’effort d’en saisir la véritable portée. Je suivrai dans ce développement plusieurs théologiens comme Michel FEDOU (in Jésus L’encyclopédie, sous la direction de Joseph Doré, Albin Michel), ou encore Joseph MOINGT (in l’Homme qui venait de Dieu Cogitation fidéi 176 Cerf).

« Nous croyons en Celui qui a ressuscité d’entre les morts Jésus notre Seigneur, livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification. » Rm 4, 24-25 Paul écrit bien livré pour nos fautes employant ici le mot qui traduit le grec dia, « à cause de », cela met l’accent sur nos péchés. Mais à lire plus attentivement le Nouveau Testament, ce dernier utilise bien plus souvent le mot grec huper traduit par « en faveur de », il s’est livré pour nos péchés, c’est-à-dire afin de nous arracher aux forces du mal. « Il s’est donné pour nos péchés, afin de nous arracher à ce monde mauvais, selon la volonté de Dieu notre Père. » Ga 1, 4 ; « Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures. », 1 Co 15, 3. Christ est mort pour nous alors que nous étions pécheurs. « Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. » Rm 5, 8 Dieu a livré son Fils pour nous. « Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? »Rm 8, 32. Quittons les écrits de Paul, ouvrons le première lettre de Pierre1 P 2, 21. « C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. » Dans tous ces passages, c’est la préposition Huper qui est employée et non pas dia. Le Nouveau Testament met l’accent sur l’amour du Christ qui s’est livré non pas « à cause de nous » mais « en faveur de nous ».

Les paroles mêmes de Jésus confirment cette compréhension « car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Mc 10, 45 « Puis, ayant pris du pain et rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Et pour la coupe, après le repas, il fit de même, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous. » Lc 22, 19-20. Parole que nous retrouvons à l’Eucharistie durant la prière de la consécration. La liturgie n’est-elle pas l’aujourd’hui de l’histoire du Salut ?

La mort de Jésus a indubitablement un sens salutaire. Ainsi nous pouvons comprendre l’expression « Jésus est mort pour nos péchés » en faveur de nous, pour nous libérer du péché dans lequel nous sommes enfermés, dit autrement en des termes non moins théologiques mais formulés de façon positive : le Christ donne sa vie pour nous donner la vie !

Après ce rapide parcours dans la Bible, nous pouvons préciser l’expression « mort pour nos péchés. » Jésus en donnant sa vie pour nous, accomplit jusqu’au bout sa vocation qui est aussi la nôtre, de croire, d’espérer et d’aimer. Dans l’épreuve Jésus va jusqu’au bout, expression reprise dans la prière eucharistique n°4 introduisant les paroles de la consécration « il les aima jusqu’au bout ». Injustement condamné, conduit à la mort, il croit à travers sa passion. « Mes petits-enfants, je vous écris cela pour que vous évitiez le péché. Mais si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ, le Juste. » 1 Jn 2, 1. Mais Jésus ne fait pas que nous représenter devant Dieu, il ouvre la vie pour tout homme. Plusieurs mots, chacun dans son registre propre, manifestent la nouveauté apportée par la mort du Christ : salut, rémission des péchés, rédemption, justification, réconciliation.

La mort de Jésus ne peut pas être étrangère au sens que Jésus donne à l’ensemble de son existence, celui d’un service pour les autres. En comprenant la signification de la mort de Jésus, en parlant d’une mort pour nous ce n’est rien d’autre que de récapituler ce que Jésus avait déjà dit et vécu. L’existence de service de Jésus est assumée dans une mort de sacrifice, il y a une continuité entre le service et le sacrifice. C’est l’ensemble de la vie de Jésus qui est sa prédication. Le langage de la croix est celui de la vie librement perdue et gratuitement donnée.

Ce qui ressort massivement de notre lecture du Nouveau Testament est finalement assez lipide. Le Christ s’est livré par amour, de manière gratuite et dans cet événement, se révèle la profondeur de l’amour de Dieu pour tous. Le sacrifice du Christ exprime le don de soi par amour. L’expression « mort pour nos péchés » s’éclaire à la lumière de ce qui caractérise l’être de Dieu, résumé dans la première lettre de Jean « Dieu est amour ! » Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. « Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. » 1 Jn 4, 8-11. La croix porte en elle une profonde dimension vocationnelle.

5 La croix un appel à la foi agissante

« La résurrection, ce n’est pas après la mort. » Bien sûr, une représentation temporelle situe la Résurrection après la mort. Mais dans notre vie spirituelle profonde, nous faisons l’expérience que toute décision qui espère tuer en soi égoïsme, mesquineries, est en fait une mort à soi-même. Nous ne parlons pas ici de la mort ultime, mais de la mort de tous les jours, à tout ce qui nous empêche de vivre vraiment. Dans cette expérience nous découvrons que toutes ces morts portent en elle la résurrection. Mourir à soi-même, c’est passer au Christ, c’est passer du côté de la vie en Christ.

  • La prière dans l’action de grâce peut se vivre comme une mort à mon instinct de propriétaire, elle opère un déplacement. Je donne quelques exemples : le travail est la mort de ma paresse, le service la mort de mon égoïsme, le vivre ensemble la mort de mon individualisme, la mort est partout ! Mais pour le spirituel jésuite, François Varillon, « si la mort est absolument partout, elle est en même temps résurrection. » La résurrection ne vient pas après, elle est dans la mort : en mourant à mon individualisme, ma paresse, mon égoïsme, je passe au Christ, je deviens davantage Christ jusqu’à ce que je le devienne totalement après la mort. La vie est à l’intérieur de toutes nos morts au péché et on ne peut pas poser un acte libre un peu sérieux sans mourir à soi-même.

Reprenons un instant la suite du passage ou « beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. » » Jn 6, 66. « Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. » Jn 6, 67-69

Nous sommes devant le Saint de Dieu, un Dieu crucifié, un Dieu dont la puissance s’exerce dans le don. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, contempler la croix c’est découvrir que Dieu existe. Le Seigneur nous dira toujours « celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive », et comme dit Madeleine Delbrêl, femme laïque, grand-maître spirituel du XXème siècle, « qu’il prenne ma croix par ces trois bras que sont la pauvreté, l’obéissance et la pureté. » Attention à ne pas bloquer nos horloges au vendredi saint, le soir de la mort de Jésus. Dans mon enfance, il y avait une magnifique croix dans l’église, un peu comme le Christ noir de la cathédrale de saint Flour, mais les aléas de l’histoire ont fait que les bras avaient disparu. Plutôt que de les rénover, il fut convenu de laisser la Christ ainsi. Magnifique motif de catéchèse, les bras du Christ ce seront les nôtres. Par vocation, nous avons à ouvrir nos bras sur ce monde, à nous rendre disponible dans l’hospitalité et le service. En suivant Madeleine Delbrêl, soyons non pas deux mais les trois bras de la croix.

Le bras de la pauvreté. La contemplation de la croix nous débarrasse de notre orgueil. La croix nous fait choisir la simplicité, la pauvreté, la sobriété. La croix nous invite à nous dégager des codes mondains. Nous qui prions une fois, deux fois, trois fois par jour le Notre Père, rappelons-nous que rien n’est à nous qui ne soit à nos frères puisqu’ils sont nos frères. Tout être humain est le frère pour qui le Christ est mort (cf 1 Co 8, 11).

Le bras de l’obéissance. « Aimez comme je vous ai aimés » C’est justement sur la croix que le rendez-vous est pris, le « comme je vous ai aimé » de Jésus est là ! Aimer en donnant, aimer en se donnant pleinement, librement, totalement.

Le bras de la pureté. C’est en contemplant la croix que nous devons renouveler toutes nos fidélités. C’est en communiant à la fidélité de Dieu que nous pouvons nous permettre l’ambition d’être toujours fidèles « Je te promets de ne jamais te quitter ». Le but à atteindre c’est d’aimer, d’aimer jusqu’au bout, c’est ce que fait le Christ sur la croix.

Sur la croix, Dieu nous aime d’une amour sans limite. Un amour inconditionnel ! Voilà l’étincelle de l’enthousiasme chrétien. Le chrétien inconditionnel n’est pas intransigeant, arrogant, conquérant, sectaire. Mais il est subordonné à un amour qui l’enveloppe et qui dilate son cœur aux dimensions du monde. Prier consiste à veiller dans l’attente de la lumière, prier consiste à dilater son cœur aux dimensions du monde.

Comme l’exprime Thomas Merton, notre tâche aujourd’hui n’est pas tant de parler du Christ, que de Le laisser vivre en nous, pour que les hommes puissent Le rencontrer en ressentant en nous sa présence. Ouvrons nos cœurs et que nos prières nous inspirent des paroles et des gestes justes.

Merci de votre attention. Je vous propose trois questionnements à vivre personnellement ou en groupe peut-être dès ce soir :

  1. A la suite de cette conférence, au sujet de la compréhension de la croix du Christ, qu’est-ce qui s’éclaire ? Quelles nouvelles questions apparaissent ?
  2. Comment ma prière devant la croix peut-elle être déplacée et enrichie ?
  3. En ce temps du Carême, à quelles conversions suis-je invité personnellement ? Comme Eglise, quels appels recevons-nous pour vivre le mystère pascal qui est mort et résurrection ?

Je vous renouvelle toute mon amitié et je vous souhaite la meilleure montée vers Pâques possible.

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